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La quete du Graamme

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112 : Les quatre mousquetaires n'étaient plus que deux ("Merlet où ce foutu refuge ?")

Depuis des temps immémoriaux, nous nous retrouvons en bande plus ou moins désorganisée pour commettre un petit raid pédestre à la Toussaint. Principalement dans le Parc de la Vanoise (qui défraie d'ailleurs actuellement la chronique), l'affaire se déroula aussi en Champsaur et autre Valgaudemar…
Mais qu'importe, cette cuvée 2012 devait être originelle, reprenant le tracé historique(*), ou ne devait pas être. Ce fut un peu plus compliqué qu'il n'y paraissait...

jyhes (04-11-2012)

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Depuis des temps immémoriaux, nous nous retrouvons en bande plus ou moins désorganisée pour commettre un petit raid pédestre à la Toussaint. Principalement dans le Parc de la Vanoise (qui défraie d'ailleurs actuellement la chronique), l'affaire se déroula aussi en Champsaur et autre Valgaudemar…

Mais qu'importe, cette cuvée 2012 devait être originelle, reprenant le tracé historique(*), ou ne devait pas être. Ce fut un peu plus compliqué qu'il n'y paraissait.

Oyé braves gens, car voici une truculente et non moins épique histoire où vous apprendrez qu'il ne faut jamais tirer "dré dans le pentu" à main gauche après 17h et qu'un bon tiroir est un tiroir fermé à grands coups de pales d'hélicoptère !

Or donc, nous partîmes de Courchevel, flocons aux vents et goutte au nez. Déjà à Moutiers, la neige taquine l'asphalte. Fin octobre, c'est patibulaire. Mais presque.

Nous refaisons paisiblement une partie du monde en arpentant les crêtes des Gravelles. Machines progressivement montées à température en brassant une neige de plus en plus insidieusement épaisse. Roland et Enzo, nos deux du "mous-pets-chauds" sont à la traine, tout occupés à déclamer leurs ritournelles "et dire que nos femmes croient que l'on s'amuse", "les plus belles sont celles qui disent oui" et autres graveleuses des Gravelles…

Au col de La Platta, je quitte Angelo qui continue la trace vers le refuge Merlet, pour divaguer du coté du Roc éponyme, via Chanrossa.

Jour blanc, je rate évidemment le Pas du Roc, ne retombe pas sur le refuge comme prévu, ne touche pas les 20 000 euros et n'en finis pas de bouiner, entre les gros blocs, les trous et la neige fraiche. Champ de mines.

A 16h, la flèche censée me représenter sur le GPS parait définitivement immobile, alors que je suis trempé de m'agiter dans cinq mètres cube de fraiche. Mains moites et pieds poites. Il est urgent de s'extraire de ce piège que la nuit va refermer. Même à 500 mètres du lac qui refuse de se montrer, je décide de rebrousser entièrement chemin. Les traces sont encore belles. Assurer plutôt que s'acharner ! Nonobstant une heure de suée en sens inverse...

Re col de Chanrossa. Re col de la Platta. Entre temps, les deux copains sont passés, suivants les traces d'Angelo, que je retrouve à la sortie du dernier câble des tire-fesses de la Pyramide.

17h. Dans 45 minutes, je suis au refuge. J'entends déjà l'espièglerie des potes, rappelant à mon bon souvenir que les servitudes de bois et d'eau, c'est bon pour tout le monde !

Mais qu'importe. Puis qu'ils scient toute la nuit de leurs infâmes ronflements, ils peuvent bien se coller à la corvée de buches sans moi !

A 17h30, à l'aplomb du Refuge du Grand Plan - ce n'est pas moi qui le dit, c'est le GPS, car la nuit tombe, tout comme la neige, et l'on n'y voit plus à 5 pas - des pas, justement, plongent étrangement vers la gauche. Alors que notre refuge est un peu plus en haut.

Les traces sont en train de se refermer, je commence à clignoter "low batterie". Pas le temps de disserter, je poursuis vers le haut, oubliant un temps cette trace infidèle.

Je sens déjà la cheminée du refuge. Et si les copains ont bien œuvré, avec un peu de bol, j'en aurai un fumant entre les mains dans moins d'une brassée.

Sauf que oui, mais non. Des potos, je ne retrouve qu'Angelo. Et son inquiétude n'est que partiellement levée en me voyant. Car deux manquent encore à l'appel !

Et ça, y'en a pas bonne magie…

Alors, tout s'enchaine dans ma caboche. Ce sont nos deux "Broc et Chnok" qui ont quitté main gauche la Sainte trace menant au refuge, pour quelque obscure raison. Ces deux Bonnie & Clyde du piolet "old school" et du sac surchargé doivent être à l'heure actuelle à l'autre refuge. Celui du Grand Plan, suffisamment au chaud pour renoncer à nous retrouver.

Les couples sont faits pour la nuit. On se retrouvera demain à la fraiche.

Sauf que je demeure tout enduit de doute. Aussi rustres et mal rasés soient-ils, il n'est pas dans leur habitude de faire faux bond et fausse bande.

Je décide d'opter pour le 112. Et évidemment, aucun réseau à Merlet. Sauf sur cette foutue bute balayée des vents et du grésil. Couvrante sur les épaules et onglées aux doigts, je composerai 47 fois (le journal des appels faisant foi) le numéro des urgences, pour obtenir à deux reprises un interlocuteur auquel je déblatérerai en boucle la même logorrhée, espérant qu'un morceau soit audible : "Je suis Jérôme S., avec Angélo S. au refuge Merlet, en toute sécurité. Enzo C. et Roland F. sont manquants. Dernière trace visible à 17h30 à l'aplomb du ref. du Grand Plan. Je suis Jérôme S., avec Angélo S…."

Et puis après j'ai vraiment froid.

19h. Je beugle une dernière fois pour la forme les prénoms des copains. Je reçois une bouffée de neige en réponse. Pas grand-chose d'autre à faire que de rentrer au chaud boire une tisane.

Lendemain radieux.

Grand froid. Grand beau.

Nous décidons de redescendre au refuge du Grand Plan, presque convaincus de retrouver les deux lascars en chemin, venant à notre rencontre. Franche déconnade en perspective. Au dernier rebond, le téléphone se met à crépiter.

8 messages.
Tous de la brigade des secours des CRS d'Albertville. De 19h à 7h. Appels non stop. Pour savoir où nous sommes, qui n'y est pas, comment, pourquoi et parce que.

De l'abnégation professionnelle.
De l'efficience du secours en montagne.

L'antépénultième message nous apprendra que la Belle et la Bête furent secourus vers 22h. Et que le détachement, non content d'avoir réussi la mission, voulait s'assurer que "all is ok" de notre coté.

Le dernier enregistrement (7h) nous somme de demeurer au refuge, et qu'un hélico viendra nous choper au levant pour exfiltration préventive, au regard des conditions avalancheuses.

Je rappelle directement le chef des secours, lui confirme que nous sommes en sécurité, bien équipés et en route pour le retour. La neige est posée. Il est tôt et froid. Nous connaissons bien le coin. Pas de mise en danger excessive. Mais le gaillard au bout du fil fait vraiment son djobe avec conviction et pragmatisme.

Respect.

Pour lui, son tiroir ne se fermera que lorsqu'il nous saura sur la terre ferme (sic). 
Dont acte. Il parait qu'un hélico est au décollage du coté de Modane pour un secours vers Tignes. Au retour, pif-paf, le taxi nous attrape au refuge du Grand Plan pour un aller simple à Courch'.

Difficile de décliner l'offre, aussi disproportionnée soit-elle, lorsque la veille on quémanda la bienveillance des mêmes bienveillants.

Bruit de palles. Poudreuse soufflée. Mains fermes qui agrippent. Héliportage.
Planché des vaches le temps d'une apnée.

Tiroir définitivement refermé juste après : coup de fil du Grand Chef des CRS pour valider nos identités et adresses. Il glisse au passage qu'il existe, et à juste titre, une association des pupilles de secouristes. Qu'il officie pour un service public. Que nos assurances de CAFistes sont inutiles en l'espèce.

Service public franc, opérationnel, désintéressé. Voire généreux, serais-je tenté d'ajouter.

Je n'aime pas insister.
J'ai bien aimé cette insistance.

Je n'aime pas être assisté.
J'ai bien aimé cette assistance.

 

Hé, les copains, j'suis foutrement content qu'on se soit retrouvé ! Sincèrement ...

 


En 1999


En 2002


En 2003


En 2012


En 2012, au levant, peu avant...


... l'héliportage (au ref. du Grand Plan) !

---

(*)
J01 : Courchevel > Ref. Merlet
J02 : > Ref. Peclet
J03 : > Ref. Du Fond D'aussois
J04 : > Ref. de La Valette
J05 : > Ref. Felix Faure (ou de La Vanoise) en travaux, mais partie hiver accessible
J06 : > Courchevel
Ouf !



Les internautes ont dit...


vous etes des aguerris heureusement et vous connaissiez bien le coin 2 eme heureuseument alors quand même chapeau pour la galere le soir et content de retrouver ses potos !!!'c'est bien on aimerait temps que toutes les histoires de montagne finissent comme cela même avec quelques coups de pales d'hélico bonne continuation
crisann25 le 12-03-2013
Belle histoire qui finit heureusement bien. Il est vrai que la montagne nous réserve toujours des surprises (agréables ou très désagréables)et que l'on doit se méfier de Dame Nature.
Cette fois, ce n'était pas "Montagne Cool"...l'année prochaine sera meilleure!!!
invité le 25-11-2012
tout est bien qui fini bien grinning smiley
dagibbon le 20-11-2012
Ahum! la cool-montagne...
Les galères qui finissent bien font les meilleures histoires!
fedia le 19-11-2012
Si la nature est belle, comme elle est cruelle !
invité le 17-11-2012
Mwarf !!!!
vivement demain que lolo m'en raconte un peu plus...
Tout est good qui se finish bien !!!
The best one is the next one :O)
fabemile le 03-11-2012

 



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