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La quete du Graamme

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Le topo du Viso (3841) par la Forciolline

Une vallée authentique, un caractère bien trempé, une vraie personnalité...Un congé de fin de semaine se profile à l’horizon, ou toute une semaine dispo ; la grenouille est en haut de l’échelle et votre forme est au taquet. Tous les indicateurs sont dans le vert bien vif ! Alors hop sautez sur la valise puis dans le TGV, bourrez les cagettes dans la bagnole ou remplissez les réserves d’eau du camping car, on s’occupe du reste !

jyhes (05-11-2011)

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Sommet : Mont Viso (« Monviso » en italien)
Altitude : 3841 mètres
Cartographie : Carte IGC 106 au 1 : 25.000 / Carta dei sentieri e dei rifugi « Monviso-
Sampeyre-Bobbio Pellice »
Orientation principale de l’itinéraire : Sud
Dénivelé : 2238 mètres
Refuge : « Bivouaco Andreotti » (gratuit) – 3225 mètres
Difficulté : Facile sup. (F +), escalade en rocher de degré II et III
Départ : Castello (Italie) – 1603 mètres. Passer le village, 300 mètres après, à main gauche, il
y a un parking, avec une sorte d’abri dont le toit est en lauses italiennes, au départ d’une piste. Garer la voiture, prendre cett piste qui devient rapidement un sentier pédestre assez soutenu au début et qui chemine en direction du « vallone di Vallanta ».
Accès : Par le col Agnel (Colle dell’Agnello – 2803 mètres), traverser le Queyras puis
prendre le vallon de l’Aigue Agnelle (département des Hautes-Alpes), descente directe sur le village italien de Chianale, puis de Castello dans la vallée de Varaita (nom de la rivière).
Matériel : 2 bonnes jambes ! Les bivouacs italiens étant très bien aménagés et équipés (il y a 6 lits avec matelas et couvertures à Andreotti), il ne faut emporter que de quoi se nourrir là-haut (+ réchaud, gamelle, etc.), 20 ou 30 mètres de corde de 8,3 mm minimum (adaptée au rocher), une paire de crampons, une paire de bâtons téléscopiques (facultatif mais conseillée pour la montée au bivouac), un piolet (glaciaire ou non).
Date de l’ascension : 28 juillet 2008

Itinéraire : Pour plus de clarté et afin d’illustrer notre itinéraire, nous le présentons en
      deux parties.

1er jour : Arrivés à Castello, nous empruntons le chemin qui remonte la vallée de Vallante, orientée N-S. Nous cheminons rive droite ainsi une bonne demi-heure, jusqu’à l’altitude de 2000 mètres environ, où l’on passe un hameau d’estive après lequel on change de rive pour quitter cette vallée et prendre à main droite le sentier menant au bivouac Berardo d’une part et au bivouac Forciolline d’autre part. Attention, en aval on croise un premier sentier (à +/- 1910 mètres) qui bifurque à droite également et mène au bivouac Bertoglio (GTA U10, valle delle Giargiatte), ne pas l’emprunter et continuer. Au début, le sentier U11 est commun aux deux bivouacs. Dans la partie boisée, les deux sentiers se séparent, l’un part à gauche pour le « bivouaco Berardo » (2710 m) et l’autre à droite pour le « bivouaco delle Forciolline » (2815 m) qu’il faut suivre (orientation N-E / S-0). Là, on se trouve au pied de la gorge de la Frociolline qui nous fait face. Le sentier emprunte le talweg du torrent de la Forciolline, et c’est cela qui confère à notre itinéraire une certaine originalité. Il est étroit et fortement encaissé entre deux parois rocheuses au milieu desquelles coule le torrent que l’on a l’occasion de traverser deux fois. Ce défilé abrupt est impressionnant, d’autant plus que les hauteurs étaient prises dans des nuages chargés.


À la sortie du bois, sur le chemin menant à la Forciolline

 


Dans la Forciolline

Le sentier est raide, ce qui a l’avantage de faire gagner rapidement du dénivelé, et chemine tant bien que mal parmi les blocs apportés par la rivière et les roches écroulées des parois. Il faut, il est vrai, avoir le pied montagnard, mais cela vaut la peine car l’on rencontre rarement des chemins de randonnée avec une telle ambiance (ce défilé est aussi un beau coup de ski en hiver ! mais dangereux selon les conditions d’enneigement). Sortis de la Forciolline, on dépasse, toujours dans la même direction, encore quelques dômes de roches polies jusqu’à arriver au lac de la Forciolline (2807 m), aujourd’hui agrémenté d’un bivouac. Ce dernier a été inauguré en 2005, il n’est donc pas indiqué sur les cartes plus anciennes. Ce bivouac est une véritable merveille. Comme les Italiens aiment le faire pour tous les bivouacs du Viso que nous connaissons, il est vif en couleurs. L’intérieur est en bois flambant neuf et il est très bien conçu avec une pièce de vie qui regarde vers la vallée (soit au soleil couchant). Il y a 12 lits (avec coussins et couvertures), deux tables, des fenêtres, des aérations, et deux veilleuses qui sont alimentées par un petit panneau solaire. Situé aux abords du « Lago delle Forciolline », ce beau lac niché au milieu d’un cirque minéral magnifique donne un cachet formidable à l’ensemble. À 1000 mètres de dénivelé sous le Viso et à 1200 mètres du départ, ce bivouac constitue un très bon compromis pour faire le sommet. Nous y avons d’ailleurs croisé plusieurs personnes qui s’y étaient arrêtées pour passer la nuit et faire le sommet le lendemain (un Allemand, Carl, grand adepte de la montagne du Viso et tout à fait original, ainsi que deux italiens de Florence à la découverte du deuxième plus haut sommet situé intégralement dans leur pays, et puis de nombreux français en randonnée). Mais pour nous, il restait encore 500 mètres de dénivelé à gravir afin d’arriver au bivouac Andreotti. Le chemin classique passe en rive gauche du lac, il est balisé de traits jaunes très évidents. Sur un rocher est inscrit le nom de Michel Croz, là où lui, son frère, et deux de ses clients, dont le fameux anglais Matthews, ont couché pour faire la première du Viso en 1861. Nous, nous avons choisi de prendre un « raccourci » en passant par la rive droite du lac, il fait gagner une demi-heure. Il faut quasiment faire tout le tour du lac en restant assez bas près du niveau de l’eau, puis monter d’un coup dans une légère combe composée de gros blocs rocheux.

 

 


Le lac de la Forciolline depuis le raccourci. Rive gauche, le bivouac du même nom.

 

On débouche en-dessus de barres rocheuses (sous le « Pico Aiaccio »), de là il faut prendre en direction de l’Est sur un grand système vires de roches (E-O) et rejoindre la combe principale (N-O / S-E) où passe le chemin normal. De là, on est en vue du glacier du Viso (Ghlaciatto del Viso). On traverse un replat morainique où il faut faire attention de ne pas transpercer la neige attardée faute de quoi on prend un bain de pieds forcé. Le glacier remonte assez haut en écharpe sous le sommet. Le bivouac se trouve à mi-hauteur du glacier en rive gauche (c’est-à-dire sur votre droite), comme tout était pris dans une brume épaisse, nous l’avons aperçu au dernier moment. C’est une boîte métallique perchée et peinturlurée de vert et jaune, littéralement accrochée à la paroi grâce à des câbles.

 

 


Le bivouac Andreotti (3225 m)

 

Tout à fait surprenant, ce petit bivouac est une touche de couleur dans cet environnement déjà austère. Seuls à coucher là, nous nous sentions privilégiés, comme si nous avions accès à un jardin secret d’altitude, là où les autres n’ont osé s’aventurer. Que le bivouac soit placé exactement là où passe la voie normale n’a rien enlevé au charme du lieu ! Et ô surprise, notre repas fut agrémenté de ce que nous avons trouvé sur place : soupe de tomate épaissie de polenta instantanée suivie d’un « risotto Andreotti » … Pas de souci pour l’eau, on en trouve tout au long de l’itinéraire, et il y a quelque écoulement en contrbas du bivouac. Nous avons opté pour la grêle tombée la veille, ça a le même goût. Dans la « cabane », il y avait quelque couvert et des bougies (que nous avons remplacées avec celles que nous avions montées), une petite table basse, les six lits et les couvertures. La soirée fut mouvementée, l’air était chargé de nuages mouvants, et de quelques gouttes de pluie. Nous n’avons de fait pas pu admirer le soleil se couchant sur les Alpes du Sud.

2ème jour : Sans réveil, nous pensions êtres réveillés par Carl ou par les deux Italiens avec qui nous avions discuté la veille. Mais le jour s’en est chargé. L’humidité ambiante et la petite pluie de la nuit avaient déposé une fine pelliculde de glace sur la roche. Rendant très glissantes les parties planes des rochers à gravir, ainsi que les escaliers métalliques du bivouac (méfiez-vous en pour le pipi du matin) ! Nous sommes partis ainsi, suivant les marques jaunes (ou rouges, aujourd’hui beaucoup moins visibles), qui indiquent tout le long l’itinéraire jusqu’au sommet. Ce marquage facilite considérablement la course, autrement il ne serait pas difficile de s’égarer (en un mot ce serait « paumatoire »). Nous n’avons rencontré aucunes difficultées techniques dans ces rochers brisés mais compacts aux teintes rougâtres. Le rocher est donc sain et le degré d’escalade n’excède pas le III. Nous n’avons pas utilisé la corde que nous transportions mais elle peut s’avérer utile en cas d’hésitation sur certains passages rocheux. Les difficultées se situent plutôt au niveau des névés et du petit glacier juste en-dessus du bivouac.


Vue depuis la première partie de l’ascension du sommet.
On voit le glacier en-dessus d’Andreotti et en contre-bas le cheminement entre les deux bivouacs.

  

forciolline6En effet, les passages en neige durcie sont plutôt raides, mais les traces marquées, du coup les crampons aussi sont restés au fond du sac. Cette absence de manipulations de matériel fait gagner pas mal de temps. L’itinéraire général fait un premier S à partir du bivouac, et un deuxième qui suit un cheminement naturel : couloirs, cheminés et ressauts entrecoupés de terrasses. À l’aplomb de la cime, l’itnéraire passe à droite d’une aiguille appelée « Dôme de Milan ». Suite à des cheminées au pied d’un monolithe caractéristique, la voie traverse à droite pour gagner l’arête Est qui mène au sommet.

 

 

Le fameux monolithe. On voit bien la limite climatique avec le Piémont.


Avant même de réaliser que le sommet est sous nos pieds, on se trouve dominé par une immense croix de fer élevée là par les pieux italiens, qui depuis des décennies montent en procession et y déposent des ex-voto. Cette note de piété et d’humanité caractérise ce sommet longtemps considéré comme le point culminant des Alpes du fait de son isolement qui le grandit. Nous sommes alors sur la première eminence sommitale du sommet, à 3841 mètres d’altitude. Devant nous se profile la deuxième pointe du sommet marquée d’un grand cairn sur fond du massif des Écrins. L’isolement de ce sommet lui confère un panorama circulaire. Enfin, nous le supposons car ce jour-là, comme souvent certainement, de la plaine du Pô s’élevaient des nuages qui bouchaient la vue au Sud et à l’Est. À cause des mouvements thermiques, nous étions parfois plongés dans une ambiance quasi hivernale qui s’évaporait l’instant d’après.

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On s’en doute, l’ascension du sommet se fait en peu de temps, environ 2h30 pour gravir les 600 mètres restants. Que le bivouac soit perché si haut sur la voie nous permit de démarrer la course tôt. Nous étions donc seuls lors de l’ascension et sur le sommet. Ce n’est qu’àprès le premier tiers de la descente que nous avons croisé les suivants (une douzaine de personnes). Le climat du Viso est assez particulier à cause de la plaine du Pô qui dégage beaucoup d’humidité et développe des systèmes orageux, c’est un sommet qui est donc très souvent pris dans les nuages dès l’après-midi. Ce jour-là nous fûmes les seuls à y monter avec de bonnes conditions de visibilité. D’ailleurs nous n’avons jamais vu le sommet de plus bas, ni le premier jour ni le deuxième, il était toujours pris dans la masse de nuages.
Nous avons suivi le même itinéraire pour la descente, avec une pause afin de nous restaurer au bivouac de la Frociolline, c’est à ce moment-là que nous avons pu apprécier son confort. La descente est longue puisqu’elle cumule le dénivelé des deux jours, environ 2240 mètres. Nous avons choisi de prendre le même itinéraire de descente, excepté pour un bout car nous sommes passés par le bivouac de Michel Croz, soit de l’autre côté du lac. Il est possible de varier le chemin du retour en passant par le bivouac Berardo situé sous la « Punta Innominata » (2835 m) et dont le sentier raide serpente beaucoup, mais c’est un peu plus long.

Pour finir ce petit récit d’une ascension qui nous a enchantée, mon ami et moi, nous voulons insister sur le fait que ce sommet est grandiose tout en étant accessible à toute personne souhaitant s’initier aux courses mixtes (neige et roche).
Un autre aspect est le choix du refuge : dormir à Andreotti, implique de parcourir un dénivelé important le premier jour, mais permet de faire l’ascension du sommet sans fatigue et d’être au sommet d’autant plus tôt, alors que l’itinéraire classique par le refuge Sella est coûteux et constitue une longue course le deuxième jour. Et puis, un autre petit plus, cet itinéraire est nettement moins fréquenté, et bien que nous l’ayons emprunté fin juillet, nous étions presque seuls au monde. Il y a tout de même un hiatus : le bivouac Andreotti est un bivouac de secours, il ne doit pas être considéré comme un refuge, il est placé à un endroit stratégique de repli en cas de mauvais temps. Nous ne le savions pas au moment de la course. C’est probablement une des raisons qui a poussé le CAI a créer le bivouac « delle Forcioline ».

Aurélie Rousselot & François Debeauvais



Les internautes ont dit...


[04/11/09] Jacky a dit ;-) : "Bonjour Le bivouac Andréotti est à utiliser en cas de Problème (pris dans le mauvais temps, la nuit, etc) et pour les secours. C'est la raison pour laquelle vos randonneurs étaient seuls. La voie normale se fait depuis le bivouac de Forciollines ou le refuge Quintino Sella. SVP laissez ce bivouac libre et surtout les quelques vivres pour ceux qui risque d'y être coincés. Bonne journée"
manchot le 05-12-2010

 



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